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Loyautés familiales : quand être fidèle à sa famille nous empêche de vivre notre propre vie

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Nous appartenons tous à une histoire familiale. Bien avant de pouvoir choisir consciemment nos valeurs, nous avons appris ce qui se faisait ou ne se faisait pas dans notre famille, ce qu’il était possible de montrer, les rôles que chacun occupait et les comportements qui permettaient de préserver le lien. Certaines de ces transmissions constituent des ressources précieuses. Elles participent à notre identité, nous donnent des repères et nourrissent notre sentiment d’appartenance. D’autres peuvent devenir plus difficiles à porter lorsque rester fidèle à ce que nous avons appris nous oblige progressivement à nous éloigner de ce qui nous correspond. C’est notamment ce que l’on cherche à comprendre à travers les loyautés familiales. Nous pouvons continuer à respecter certaines attentes, reproduire certains rôles ou nous interdire certaines possibilités sans avoir consciemment décidé de le faire. Non parce qu’une force invisible nous condamnerait à répéter le destin de nos ancêtres, mais parce que l’appartement familiale exerce une influence profonde sur la construction de notre identité. Faire différemment peut alors provoquer une émotion surprenante. Nous savons qu’un choix nous correspond davantage et pourtant, quelque chose résiste. Nous culpabilisons, craignons de décevoir ou avons l’impression de devenir quelqu’un que notre famille ne reconnaîtra plus. Comprendre ses loyautés familiales ne consiste donc pas à rejeter son histoire. Il s’agit plutôt de pouvoir se demander : qu’est-ce que je souhaite conserver de ce que j’ai reçu, et qu’est-ce que je peux désormais m’autoriser à vivre autrement ? Qu’est-ce qu’une loyauté familiale ? Une loyauté familiale désigne une forme de fidélité envers les valeurs, les règles, les attentes ou les fonctionnements de notre groupe familial. Certaines sont explicites. Une famille peut valoriser fortement le travail, attendre de ses membres qu’ils restent géographiquement proches ou considérer qu’il faut toujours soutenir les siens quelles que soient les circonstances. D’autres règles ne sont jamais formulées clairement. Nous les apprenons en observant ce qui est valorisé, critiqué ou simplement considéré comme normal. Un enfant peut ainsi comprendre qu’il vaut mieux ne pas exprimer sa colère, que demander de l’aide représente une faiblesse ou que les besoins de la famille doivent toujours passer avant les besoins individuels. Ces apprentissages ne sont pas nécessairement problématiques. Ils deviennent davantage contraignants lorsque nous continuons à les respecter alors qu’ils entrent désormais en contradiction avec nos propres besoins ou valeurs. La difficulté vient du fait que nous ne vivons pas toujours cette tension comme un simple choix. Faire autrement peut donner l’impression de remettre en question notre appartenance à elle-même. Pourquoi avons nous besoin de rester loyaux à notre famille ? La famille constitue notre premier groupe d’appartenance. Pendant l’enfance, nous dépendons des personnes qui prennent soin de nous et apprenons à nous adapter au fonctionnement du système dans lequel nous grandissons. Cette adaptation participe à la construction de notre identité. Nous découvrons progressivement ce qui permet d’être reconnu, aimé ou valorisé. Certains deviennent ceux qui réussissent, d’autres ceux qui apaisent les conflits, prennent soin des autres ou no posent jamais de problème. Ces rôles peuvent devenir si familier que nous continuons à les occuper longtemps après avoir quitté le foyer familial. Une personne qui a toujours été “la forte” peut éprouver beaucoup de difficultés à demander de l’aide. Celle qui maintenait la paix peut continuer à éviter les conflits dans toutes ses relations. La loyauté ne repose donc pas uniquement sur une obligation extérieure. Elle peut être intimement liée au sentiment d’être une bonne fille, un bon fils, une bonne sœur, un bon frère ou simplement quelqu’un qui mérite encore sa place dans le groupe. C’est ce qui rend certaines transformations particulièrement délicates : changer un comportement peut toucher beaucoup plus profondément à notre sentiment d’appartenance. Loyauté consciente ou inconsciente : quelle différence ? Certaines fidélités familiales sont parfaitement conscientes. Nous pouvons choisir de perpétuer une tradition, d’aider un proche ou de transmettre certaines valeurs parce qu’elles ont du sens pour nous. On parle davantage de loyauté familiale inconsciente lorsque nous reproduisons une manière de fonctionner sans avoir véritablement interrogé son origine ni vérifié si elle nous correspond encore. Prenons l’exemple d’une personne qui refuse systématiquement les opportunité professionnelles impliquant de s’éloigner de sa famille. Elle peut simplement préférer vivre à proximité de ses proches. Mais elle peut aussi découvrir qu’elle ne s’est jamais réellement autorisée à envisager une autre possibilité parce que, dans son histoire familiale, partir a toujours été associé à l’abandon. La différence ne se trouve donc pas nécessairement dans le comportement lui-même. Elle apparaît dans la liberté avec laquelle nous pouvons choisir. Une loyauté devient contraignant lorsque nous avons le sentiment que certaines possibilités nous sont interdites, même lorsque personne ne nous les interdit explicitement. Les loyautés familiales sont-elles forcément négatives ? Non. La loyauté participe aussi à la solidarité familiale, à la transmission et au sentiment d’appartenance. Certaines valeurs reçues de notre famille peuvent consituer des ressources importantes tout au long de notre vie. Le problème n’est donc pas d’être loyal. Il apparaît lorsque cette fidélité demande de renoncer durablement à une partie de soi. Une valeur familiale comme l’entraide peut devenir contraignante si elle signifie que nous devons toujours être disponibles. La persévérance peut devenir épuisante lorsqu’elle interdit d’abandonner une situation qui ne nous convient plus. Le sens du devoir peut conduire à oublier complètement ses propres besoins. Il existe alors une différence essentielle entre choisir de transmettre une valeur et ne pas s’autoriser à faire autrement. Travailler sur les loyauté familiales ne consiste pas à couper les liens ou à considérer tout héritage comme un poids. Il s’agit justement de retrouver cette capacité de choix. Comment les loyautés familiales influencent-elles nos choix ? L’influence familiale peut se manifester dans de nombreux domaines : études, métier, couple, parentalité, argent, rapport au travail ou manière d’exprimer ses émotions. Nous pouvons par exemple poursuivre une voie professionnelle valorisée par notre famille alors qu’elle ne nous correspond plus. Nous pouvons également rester longtemps dans certaines situations parce que partir serait vécu comme un échec, alors que notre histoire familiale valorise fortement